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Le mot du Directeur

Le théâtre Jean Vilar appelle chacun à donner libre cours à son penchant naturel pour la culture. À l’ombre des grands arbres qui bordent la Mosson, dans ces percées de lumière qui ressemblent à autant d’allégories, nous cherchons notre inspiration. Dans ce quartier plein de beauté, plein de gens, plein d’enfants et d’adolescents, nous ouvrons grands nos yeux, nos oreilles, nous aiguisons nos appétits. Nous, c’est-à-dire nous tous : spectateurs, artistes, équipe, partenaires... un service public dans sa ville, dans son quartier. Ensemble, nous poursuivons la curieuse aventure, à la fois individuelle et collective, qui consiste à nous réunir devant des artistes et à partager avec eux des moments heureux.
Et nous ne parlons pas d’artistes sacrés, mais bien d’êtres humains parmi les autres, avec cette possibilité, toutefois, que les artistes soient plus autres que les autres, eux qui font de leur différence un métier ; et que ce soit, justement, la raison pour laquelle nous constituons devant eux notre assemblée, un public invité à prendre le risque de se découvrir... provoqué par la mise en jeu d’une humanité qui nous touche tous.
Ainsi, certains spectacles nous parlent de nous-mêmes avec une troublante justesse. « Nos serments » (P.7) et « J’espère qu’on se souviendra de moi » (P.29) font partie de ces petits bijoux de théâtre intime qui vous donneront l’impression de vivre dans la peau des personnages. D’autres spectacles nous entraînent dans le vertige de l’Autre : « We love Arabs » (P.47) évolue hors des sentiers battus, entre rire grinçant et optimisme confraternel en évoquant malicieusement la manière dont naissent (et peuvent se déconstruire) les préjugés ; « L’Odyssée de la moustache » (P.21) nous ouvre la porte d’une « double culture », avec charme et intelligence, en remplissant largement le cahier des charges du spectacle d’humour.
Les musiques que nous proposons sont aussi des rendez- vous avec l’Autre. L’inouï Mathieu Boogaerts (P.9), Mina, duo reposant sur la complicité d’une chanteuse palestinienne et d’une chanteuse portugaise (P.37), le trio de power jazz de Rémi Panossian, dont la carrière internationale fulgurante nous ferait presque oublier qu’il a commencé le piano à la
Maison pour tous Léo Lagrange ! (P.5), les inédits de Gains- bourg proposés par le Montpelliérain Jean Paul Wabotaï (P.35), n’ont d’autre point commun que de constituer des évé- nements uniques.
Nous ne pouvons décliner ici l’ensemble de la saison, mais vous remarquerez que le théâtre municipal demeure plus que jamais attaché aux compagnies de sa région. Participer à la vitalité de notre territoire est un véritable désir, car nous avons la chance d’y croiser des talents innombrables, des artistes magnifiquement formés, grâce aux efforts conjugués de l’ENSAD, de l’Université Paul Valéry et d’écoles associa- tives dont le niveau artistique doit être souligné. C’est un privilège que de pouvoir accompagner, en résidence et à la production, des projets aussi passionnants que ceux que nous vous présentons cette année : le grinçant « R » de la talentueuse compagnie Mœbius (P.11) ; « Nous qui habitons vos ruines », prometteuse utopie de Marie Lamachère (P.55) ; « L’oubli », terrible mais essentiel projet de Julie Benegmos (P.23) ; « Ricochets », création jeune public porté par Alex Selmane (P.27); tout cela sans nous enfermer, car tous ces projets ont des partenaires et auront une vie hors de leur territoire.
Mentionnons enfin trois opérations qui nous tiennent parti- culièrement à cœur : la semaine consacrée à La Bulle Bleue- ESAT artistique portant magnifiquement l’étendard de la différence (P.39 et 41) ; l’intelligente création lycéenne de la compagnie Le cri dévot (P.51) ; les spectacles accueillis dans les Maisons pour tous avec lesquelles nous constituerons des « clubs de conversation » (P.25, 33 et 43) sur un seul mot d’ordre : échanger, partager, s’amuser de nos différences et de nos contradictions... faire usage de notre intelligence col- lective.
L’artiste que nous invitons au Théâtre Jean Vilar n’est pas l’incarnation d’un fantasme culturel. Il n’appartient pas à un milieu autorisé. Il ne vaut évidemment pas mieux que les autres, mais il est celui qui nous invite à être tous autres... tous ensemble.
Je vous souhaite une saison collective et donc heureuse !

Frantz DELPLANQUE Directeur du Théâtre Jean Vilar