Edito du 18 mai 2020

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Nous avions pris l’habitude, sans même nous en rendre compte, et cela depuis toujours, que certaines choses dans nos vies soient claires, nettes et précises. Mais le virus qui a semé le drame partout dans le monde a eu provisoirement raison de nos repères, et nous restons pour quelques temps encore dans la confusion.

Qu’un théâtre ne puisse pas tenir sa programmation, cela peut arriver, nous sommes bien placés pour le savoir, puisque nous avons subi en 2014 deux inondations consécutives, nous obligeant à fermer pour trois mois et à annuler neuf spectacles. Nous avions ensuite ré-ouvert dans un théâtre restauré, au bar rénové, et étions parvenu à reprogrammer presque la totalité des spectacles sur la saison suivante. Et bien sûr, les places des spectateurs avaient été rapidement remboursées ou reportées sur d’autres spectacles, selon le choix des intéressés.

Le contexte est, cette fois, bien différent. Terriblement différent, même, si on s’en réfère aux pertes humaines et aux graves difficultés économiques présentes et à venir, que nous attendons sans bien savoir les mesurer, avec beaucoup d’appréhension. C’est le cas en particulier pour les acteurs de la culture et leurs partenaires : artistes, techniciens, professionnels de la restauration et du tourisme (une forte pensée va à notre restaurateur associé Méli-Mélo), entreprises, artisans… Nous sommes inquiets pour toutes ces professions où l’on bosse dur, avec passion et générosité. Derrière les statistiques économiques, le risque est celui de drames humains très concrets : baisses brutales de revenu, emplois perdus, difficultés à garder le cap d’un projet de vie.

De notre côté au théâtre Jean Vilar, grâce à l’appui de la direction de la culture et des services de la Ville, grâce surtout à la décision du Maire de Montpellier de faire jouer au maximum les solidarités avec les professionnels du spectacle, nous avons pu élaborer, au jour le jour, une stratégie de reprise de notre activité fondée sur le soutien aux acteurs culturels. La période du confinement a été mise à profit par l’équipe du théâtre – dont je veux souligner l’engagement et la forte capacité d’adaptation – à la fois pour réparer ce qui pouvait l’être : payer les intermittents déprogrammés, les intervenants en milieu scolaire, les spectacles qui ne peuvent être reportés ; et pour préparer une saison 20/21 densifiée, afin de reprogrammer certains spectacles (d’autres le seront sur 21/22). Nous n’avons sur ce plan pris aucun retard, nous sommes prêts. J’en remercie mes collègues du théâtre et des autres services de la Ville.

J’en viens enfin à des considérations qui peuvent vous concerner très directement : le remboursement des places pour les spectacles annulés. Nous allons vous proposer comme cela se pratique en de telles circonstances, soit de nous demander le remboursement, soit de nous faire connaître votre souhait de reporter vos places sur d’autres spectacles de la saison. Si vous faites ce choix, nous vous ferons un « avoir » avec lequel vous serez prioritaires sur l’ensemble des spectacles de la saison.

Je dois conclure en vous priant par avance de nous excuser d’une prolongation possible du délai de remboursement. En effet, nous sommes en train de travailler à la simplification de la procédure de remboursement – afin d’éviter d’avoir à demander aux spectateurs des pièces justificatives lorsque la personne à rembourser n’est pas celle qui a payé – ce qui suppose la création d’une nouvelle régie plus performante, qui ne pourra intervenir que début juin. C’est un paradoxe (allonger les délais pour simplifier la procédure) dont nous nous serions bien passés, mais c’est un progrès durable en perspective.

Nous vivons des temps confus et complexes, mais nous en sortirons, et alors, quelle joie nous aurons à partager ! Dans l’attente de ce soir béni où nous serons à nouveau réunis dans une salle pleine, je vous prie de recevoir, au nom de toute l’équipe du théâtre, chères spectatrices, chers spectateurs, notre considération et notre reconnaissance.

Frantz Delplanque

Directeur du théâtre Jean Vilar - Montpellier